Relations Fournisseurs & Intelligence Artificielle.
Les Achats pour optimiser mais pas que…
Les Achats sont généralement, voire principalement, perçus comme une fonction d’optimisation.
Je n’en doute pas, mon expérience me le confirme … et c’est précisément là que le bât blesse.
Aujourd’hui, la fonction Achats est pour moi l’un des meilleurs révélateurs
d’un monde piloté par les KPI, la conformité et la réduction du risque.
Ce n’est pas un défaut…c’est une demande organisationnelle.
Les Achats pour sécuriser mais pas que…
La fonction Achats a un rôle primordial, réduire l’incertitude :
– benchmarks
– panels fournisseurs
– scores & KPI
– matrices de risques etc…
A l’instar des algorithmes de recommandation de Spotify ou de Netflix, on reste prisonnier du modèle et privilégie ce que l’on connaît déjà.
Le système devient performant…dans un périmètre auto-défini.
Bien sûr, c’est sécurisant pour tout le monde, mais rarement créateur de valeur nouvelle.
Les Achats et l’IA, un malentendu ?
Je me pose une question aujourd’hui :
l’IA présenté dans, avec et pour les Achats, n’est-ce pas un malentendu ?
J’ai souvent entendu que l’IA dans les Achats est un moyen de «mieux décider».
Je l’ai même lu dans le cadre de mes lectures pour LES PLUMES DES ACHATS, cette année.
Mon expérience du management et des Achats me dit que le sujet est ailleurs.
L’IA excelle aujourd’hui à traiter le rationnel, données, scénarii, probabilités, risques…
Il me semble que c’est surtout ainsi qu’elle est utilisée.
Mais c’est là justement son rôle clé.
Que le moment venu, la décision redevienne pleinement humaine et assumée. L’Acheteur peut alors s’émanciper de sa prison « algorithmique » que j’évoquais précédemment.

L’IA, une opportunité pour les Achats et leur COMEX
Je vois sur Linkedin depuis des mois une question récurrente sur les attentes croisées COMEX-Achats.
Paradoxalement, dans un contexte technologique et économique instable, les COMEX priorisent l’algorithme connu des Achats : des économies, de la conformité, une maîtrise rigoureuse des risques.
C’est le socle.
Où est l’opportunité de l’IA ?
Finalement, l’impression est qu’on fait de l’ancien avec du neuf mais on stagne.
Ils attendent surtout un éclairage fiable quand les indicateurs convergent… sans pouvoir conclure.
Quand plusieurs scénarii sont acceptables, la certitude logique et mathématique de l’IA doit permettre la décision.
Qu’en est-il, vraiment ?
À ce moment-là, décider n’est pas résoudre un problème.
La différence entre un manager et un ingénieur ? me demandait un bon ami qui se reconnaîtra s’il lit ce post.
– L’ingénieur résout le problème
– Le manager le pose.
J’ajouterai : le dirigeant décide.
L’IA permettra de revenir à un acte de gouvernance, assumé, contextualisé, responsable.
C’est la fin de l’ingénieur-manager.
Qu’en pensez-vous ?

La décision, acte de gouvernance, facilitée
Quand la décision redevient un acte de gouvernance, quand les organisations se complexifient, quand l’IA traite mieux que nous le rationnel (données, scénarii, risques), une question demeure : qui prend et assume la décision ?
Dans les organisations industrielles matures, ce rôle existe souvent… sans être formalisé.
Quand les données sont complètes, quand les indicateurs convergent, quand plusieurs options restent acceptables, quelqu’un aide à éclairer la décision, sans décider à la place.
Ce rôle n’est ni celui de l’expert, ni celui de l’ingénieur qui optimise, ni celui du chef qui tranche par autorité.
Il apparaît précisément là où le rationnel s’arrête.
Alors l’expérience permet :
– de hiérarchiser l’essentiel du secondaire,
– de poser le bon problème avant de choisir la solution,
– d’animer objectivement un comité d’orientation,
– d’assumer un arbitrage sans se réfugier derrière un modèle.
Au Japon, cette posture est un métier : le Nakodo.
Un tiers légitime, respecté, dont la valeur tient au recul, au contexte, et à la capacité d’éclairer sans imposer.
Paradoxalement, plus l’IA maîtrisera le rationnel, plus cette fonction deviendra critique.
Lorsque les partenaires sont des industriels externalisés, les Directeurs Achats seniors sont souvent les mieux placés pour l’exercer.
Encore faut-il la reconnaître… et l’assumer pleinement.



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